27e année, 24 janvier 2026.
La musique et les arts du discours
15-16 juin 2026, Paris
Sorbonne Université, Centre Clignancourt
Entretiens de Musique Ancienne en Sorbonne 2026 Appel à communications.
Le thème de la musique et des arts du discours sera l’objet des travaux de la vingt- deuxième édition des EMAS, en juin 2026. Ces travaux visent à déterminer dans quelle mesure, du Moyen Âge à l’époque baroque, la musique s’est pensée, pratiquée et enseignée en dialogue avec la grammaire, la dialectique et la rhétorique.
Dans les organisations du savoir de l’Antiquité et du Moyen Âge, la musique appartient au quadrivium, selon le groupement boécien des quatre sciences mathématiques (arithmétique, astronomie, géométrie et musique). Toutefois, elle ne peut être séparée du trivium, les trois arts du discours (dialectique, grammaire et rhétorique) qui structurent l’éducation médiévale. La pensée musicale médiévale s’inscrit dans ce double héritage mathématique et discursif. Au-delà, la voix représente les liens étroits entre la matière de la musique et celle de la langue. De la sorte, dans l’élaboration de la théorie musicale et de la grammaire, les idées circulent de l’une à l’autre, permettant de penser des concepts dans un champ en utilisant des images issues de l’autre champ.
Par ailleurs, dans la réception des théories antiques sur les effets de la musique sur l’âme et le corps, certains médiévaux cherchent à comprendre le mécanisme de l’affect. Ils approfondissent le sillon tracé par Aristote en étudiant la façon dont musique et poésie, deux arts mimétiques, se renforcent mutuellement pour frapper l’imagination et ravir les âmes, autrement dit pour persuader.
Les travaux des humanistes de la Renaissance les conduisent à réinvestir les liens entre la musique et l’ars dicendi. Les théoriciens puisent abondamment à la source de l’antique rhétorique pour formuler leur discours sur la musique. En outre, l’idéal humaniste de l’éloquence façonne la rhétorique musicale de la Renaissance. La composition est pensée comme acte de persuasion : selon ce système de représentations, les figures musicales répondent aux figures de style, et la justesse de l’expression repose sur l’adéquation entre les affects du texte et les formules musicales. L’œuvre des madrigalistes italiens reflète l’expérimentation musicale inspirée par cette nouvelle conception esthétique : une musique conçue comme un discours éloquent, visant à mettre en branle les affects des auditeurs. Cette veine sera profondément creusée par les compositeurs ultérieurs, à l’instar de la façon dont Monteverdi l’a explorée dans les premiers opéras.
Le XVIIᵉ siècle marque l’aboutissement des réflexions renaissantes et donne lieu à une esthétique musicale façonnée par l’éloquence et les passions. Le champ musical est traversé par les préceptes rhétoriques, dont l’inventio, la dispositio et l’elocutio sont transposés dans la pratique de composition. Cette rhétorique musicale se trouve alors au fondement d’une conception renouvelée du rapport texte-musique. De plus, à cette époque, les travaux sur les mécanismes de la perception aboutissent à ceux sur les passions humaines. Leur écho est retentissant en musique, art dont le but explicite est d’exciter les passions. À cette fin, compositeurs et théoriciens se réapproprient une autre partie de la rhétorique, l’actio. Sur la scène, l’opéra réunit tous les arts et engage les acteurs- chanteurs autant que leurs spectateurs, en proie à des affects parfois exacerbés. La musique s’affirme alors comme un langage expressif entièrement conçu selon les règles de la persuasion.
Cette prochaine édition des EMAS vise ainsi à explorer les liens des arts du discours et de la musique sur le temps long. Deux perspectives y sont investies : la première, de l’ordre de la comparaison dans l’élaboration théorique (par exemple entre syntaxe et structure musicale, ou entre signes de ponctuation et cadences) ; la seconde, de l’ordre de l’implication, dans les processus créatifs, à différents niveaux de profondeurs. L’une et l’autre se croisent et s’enrichissent.
L’approche transversale suggère de croiser les approches théoriques, historiques et pratiques dans le but de comprendre le dialogue des arts du discours et de la musique, notamment la façon dont les idées et les figures musicales et discursives s’éclairent, se répondent et s’approfondissent mutuellement.
Les propositions de communication d’une longueur d’environ 500 caractères (espaces comprises), pourront nous parvenir jusqu’au 31 janvier 2026 via ce lien : https://forms.gle/nDWPTFfJXoXaMWvG6.
Outre le format de 30 minutes d’intervention individuelle (20 minutes de présentation suivies d’un échange), d’autres formats sont encouragés : courtes présentations (du type « poster », en 5 à 10 minutes, pour les étudiants de M1), sessions et ateliers. L’ambition renouvelée des EMAS est de rassembler musiciennes et musiciens, chercheuses et chercheurs, étudiantes et étudiants autour de la musique et des arts du discours. Ensemble, nous réfléchirons à la façon dont ces savoirs anciens nourrissent l’interprétation, la création et l’enseignement de la musique aujourd’hui.
Calendrier : clôture de l’appel : 31 janvier 2026 ; Communication des propositions retenues : 1er mars 2026.
Comité de sélection et d’organisation : Mathilde Aigouy (Sorbonne Université – Université de Poitiers), Violaine Anger (Université Évry Paris-Saclay – CEEI), Waël Hindo (Sorbonne Université – IRCAM), Guillaume Bunel, Alexandre Cerveux, Céline Drèze, Théodora Psychoyou, Isabelle Ragnard, Léa Ricard et Emma Spinelli (Sorbonne Université – IReMus).



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ISSN 2269-9910.

Jeudi 29 Janvier, 2026